LA CRUE DE LA MI-JUIN 1957 SUR LE GUIL ET LA CERVEYRETTE DANS LES HAUTES ALPES

 

 

        les vallées du Guil, de la Cerveyrette et dans une moindre mesure, l'Ubaye ( Alpes de Haute Provence ), ont subi, à la mi-juin 1957, une crue catastrophique qui à complètement isolé le Queyras pendant plusieurs semaines, coupé la voie ferrée de Gap à Briançon, arraché des kilomètres de routes et de lignes téléphoniques, emporté de nombreux ponts, détruit bien partiellement des villages et hameaux.

Les crues de la mi-juin 1957 ont affecté pratiquement toutes les rivières des Alpes Françaises qui descendent de la crête frontalière :

- Le Var, la Tinée, l'Ubaye, le Guil, les branches supérieures de la Durance (Durance, Clarée), l'Arc, et l'Isère.

        Au delà vers l'est, elles ont également intéressé le Tessin, le Tyrol et la Carinthie. Cependant sur le territoire français, c'est dans le Queyras que la situation a été la plus grave, toute la vallée étant isolée et de nombreux villages ayant été partiellement détruits, d'importantes terres de culture rendues inutilisables. L'Ubaye toutefois, à également beaucoup souffert et de grands dégâts ont été causés aux installations hydroélectriques de la Maurienne et de Tarentaise.

        A l'époque le réseau de stations météorologiques et de pluviomètres enregistreurs bien  que présent sur le territoire des Hautes Alpes, n'étaient pas aussi nombreux,  performants et organisés comme il est de nos jours et même si ce réseau météo a fonctionné normalement au cours de la crue et que des observations régulières ont été faite, une certaine sous-estimation des précipitations est sûre,  mais tous ces relevés vont nous donner une idées de la violence du phénomène de ces pluies diluviennes.  A Saint-Véran l'observateur note par exemple que le 14 juin au matin que le pluviomètre était plein au ras bord. A Abriés, les données du poste de la Météo nationale, faussées de ce fait, ont dû être complétées par celles du pluvio-enregistreur E.D.F.

        Cependant, les documents existants comme c'est le cas en général en montagne, s'avèrent notoirement insuffisants du fait de l'implantation même des postes d'observations, et la plupart situés dans les gros villages donc dans les vallées à des altitudes modérées. Ceux qui se situent à plus hautes altitudes, offrent des conditions climatiques parfois exceptionnelles comme St-Véran à 2040 m situé dans une vallée descendante du SE vers le NW et souvent fœhnée. En Ubaye, aucun poste ne dépassaient 1990 m et le plus élevé, Fouillouse, est abrité dans un vallon affluent , à l'écart de l'axe de la vallée principale que suivent les nuages arrivant du S ou du SE.  Seul, Abriés était bien placé pour enregistrer les pluies provoquées par l'arrivée d'air provenant de la plaine du Pô. A la suite de cette crue il s'est avéré évident aux yeux de la météorologie nationale de faire des recherches sur du matériel  plus performant, précis et autonome et nombreux postes ont commencé à être installé à plus  hautes altitudes dans des endroits plus stratégiques. Tout ceci couplé au réseau d'observation E.D.F  de vallée à commencé a apporter des données plus fiables entre les précipitations d'altitudes et de vallées et leurs compréhension. Cependant il faut tenir compte également des progrès qui ont été fait en matière de météorologie depuis près de cinquante ans et certaines valeurs exprimées dans ce rapport vont vous paraître parfois une peu surprenantes mais elles sont  celles des relevées de l'époque, ainsi que les explications en détails de ces phénomènes de retour d'Est sur la chaîne frontalière des Alpes ou certaines questions restaient en suspend alors qu'on les explique parfaitement en détails de nos jours.

 

 Le déroulement de la crue

        Pour comprendre ce qu'il c'est passé et faire cette études il a été réalisé une récolte de témoignages assez rares, mais précieux et ces éléments coïncidaient parfaitement  pour  comprendre qu'elles étaient les conditions en montagne en cette mi-juin 1957.

        Le 12 juin 1957, les torrents étaient tous en crue modérée, mais la situation catastrophique a commencé avec l'accroissement de la pluviosité le 13. A Château-Queyras le Guil avait commencé a monter  rapidement  à partir de 13h ; à  Abriés, il déborda dans l'après -midi. A St-Véran, l'Aigue Blanche avait déjà commencé à emporter des ponts le 12, charrié de grandes quantités d'alluvions le 13 et dans la nuit du 13 au 14, les débordements généralisés avaient atteint leur ampleur maxima. A Guillestre, le Rif Bel, le Cristillan et le Chagne étaient signalés comme étant en crue en même temps que le Guil dans la journée du 13. A Ceillac, le Cristillan avait déjà été en crue le 9, puis avait baissé avant d'atteindre son niveau record le 13. A Vars le Chagron commence à grossir dangereusement dans la soirée du 12 et continua dans la nuit puis dans le journée du 13. Il déborda dans  la nuit du 13 au 14. Les eaux ne baissèrent que le 15 au matin sur le Chagne et dans la journée du 15 sur le Chagnon, qui a causé les principaux dégâts. Aux Orres les torrents des Vachères et de l'Eyssalettes ont été en crue du 13 vers 18h au 14 vers 8h du matin emportant les ponts.

        La crue s'est amorcée plus tôt dans certaines vallées affluentes du Guil, comme celle de l'Aigue Blanche, qui avait déjà causée de gros dégâts  le 12, alors qu' Abriés n'avait été atteint que le 13. Ce décalage s'explique probablement par l'orientation de la vallée de St-Véran plus propice aux  effets de fœhn ayant fondu plus rapidement la neige qu'à Abriès. La crue s'était formée très rapidement dans tout le haut Queyras, qu'elle avait affectée simultanément, de sorte qu'il y a eu une addition des ondes de crues locales et des ondes provenant de l'amont. Par exemple la crue a commencé plus tôt à Château-Queyras qu' à Abriès, pourtant plus pluvieux. Ce retard s'explique par une faible rétention de la pluie par la neige au début des averses et n'a fait que renforcer la crue dans la nuit du 13 au 14.  Le débit resta très soutenu partout le 14 , alors que la pluviosité enregistré dans les divers postes avait considérablement décru  ne s'explique pas seulement pas une phénomène de rétention d'eau puisque les sols étaient saturés dès le 12 mais aussi par les conditions météorologiques en altitude, sensiblement différentes qu'en vallée.

        Les conditions météorologiques locales rapportées par plusieurs observateurs parlent d'orage, et cette situation orageuse avait atteint son intensité maxima aux abords de la frontière, dans les hautes vallées atteintes aisément par de grandes masses d'air humide et chaud provenant de la plaine du Pô, tandis que sur les Alpes au niveau du sol, une masse d'air polaire, venant du nord, s'insinuait le long des vallées. Les pluies ont été accompagnées partout de vent chaud, comme au Lautaret  qui venait du S ou du SE. Lors du déclenchement de fortes averses, la couverture neigeuse de la Tinée à la Maurienne, descendait à 2000-2300 m suivant les expositions. Les divers témoignages sont concordants sur le rôle non négligeable que la fonte brutale de la neige a eu sur cette crue. Au col du Lautaret par exemple, le chef de poste signalait qu'elle a fondu rapidement dès le 13. A St-Véran, son collègue décrit une fonte des neiges précipitées à partir du 12 surtout sur les versants exposés a d'adret. Lors des averses diluviennes du 13 et surtout dans la nuit du 13 au 14 un ruissellement d'eaux sauvages intense affectant l'allure d'une nappe, s'était produit sur la neige en train de fondre. Trop abondant et trop généralisé il s est fait à même les versants, hors des lits des torrents et a causé de gros dégâts. Autre témoignage, l'observateur de l'Ubaye à Fours au pied du col de la Cayolle, signalait qu'a l'arrivée des grandes pluies de la semaine du 9 au 16 juin, l'enneigement des montagnes environnantes était assez important et la limite des neiges se situait vers 2000 m. L'épaisseur y était apparemment moindre que les années précédentes mais  plus tardive que les autres années à cause d'un printemps froid. Donc il est incontestable que ce phénomènes à joué un rôle important au dessus de 2000 m d'altitude alors qu'il pouvait épargner les zones d'altitudes plus basses.

 

 Situation sur l'Europe en juin 1957   Situation météo locale en juin 1957  Conditions météo et nivologiques en montagne au printemps 1957