SITUATION MÉTÉO SUR EUROPE EN JUIN 1957
Lors de la première quinzaine de juin, on note une position très septentrionale de l'anticyclone des Açores entre le 50 et 55 ème de latitude Nord et une instabilité des masses d'air, surtout en altitude. L'anticyclone des Açores forme un écran, plus ou moins continu suivant les périodes, entre l'air polaire froid recouvrant la Scandinavie et l'air subtropical chaud qui constitue une zone de basses pressions sur la Méditerranée, de la Péninsule Ibérique à la Libye. Il suffit, dans ces conditions, d'un affaiblissement momentané de l'écran de hautes pressions formé par une apophyse de l'anticyclone des Açores pour permettre de violents échanges de masses d'air entre la Scandinavie et la Méditerranée occidentale. De courtes périodes orageuses et pluvieuses ont alterné avec des temps chauds jusqu'au déclanchement de la crue.
D'après les documents et analyses fournis pas la Météorologie national et établis par le chef de la station d'Embrun , l'évolution des masses en détails à été le suivant :
- Au début juin, l'anticyclone des Açores occupe la Grande Bretagne et l'Europe centrale, envoyant une apophyse sur le Nord des Balkans. Une dépression centrée sur la Péninsule Ibérique. Les Alpes subissent une venue d'air méditerranéen médiocrement pluvieux avec temps orageux et vent de SW qui déclanchent une première période de précipitations les 2 et 3 juin sur l'ensemble des bassins. Les températures sont élevées.
- A partir du 3 juin, l'anticyclone se désagrège partiellement par l'Ouest. Dès le 3 et 4 juin, un col froid s'ouvre sur l'Allemagne occidentale et les Pays-Bas, les pluies cessent. Cet air froid n'atteint par les Alpes où les températures restent élevées. Le 4 et 5 juin, l'anticyclone s'éloigne vers l'Est et cesse d'intéresser la Grande-Bretagne. Une perturbation se forme sur la Scandinavie, ce qui permet l'installation d'un courant d'Ouest perturbé sur la France jusqu'au 7 juin. Le Queyras et l'Ubaye, de par le relief, ne sont pas affectés par lui et le temps y est chaud et sec. Des pluies ne se produisent que sur la Guisane, à Névache et au Lautaret, en partie sous forme orageuse.
- A partir du 9 juin, une dépression profonde se creuse sur la rive orientale de l'océan Atlantique, formant deux centres principaux, l'un sur l'Écosse et le Sud de la Scandinavie, l'autre sur la Péninsule Ibérique, séparés par une dorsale de hautes pression se raccordant à la masse d'air anticyclonale d'Europe centrale. Le courant perturbé d'Ouest est progressivement bloqué. Un orage s'observe dès le 7 juin sur Château-Queyras, tandis que les pluies de SW se généralisent le 8, devenant plus faibles et plus localisées le 9.
- Au moment même où la dépression se creuse, une extension des masses d'air anticyclonales se produit. Celle d'Europe centrale s'étend vers le NW du 10 au 11, s'appuyant sur les Alpes Suisses tandis que l'anticyclone des Açores aborde les îles Britanniques. Un couloir persiste entre elles, centré sur la France. Les Alpes sont au contact de deux masses d'air différentes, ce qui provoque une reprise des pluies sur les deux bassins le 10 et 11.
- A partir du 11, le rapprochement de l'anticyclone d'Europe centrale et de celui des Açores provoque l'occlusion progressive de la dépression cyclonale intéressant notre région. Cette évolution commence dès le 11et le 12 juin par une arrivé d'air froid en Méditerranée occidentale qui progressant à la surface du sol, glisse sous l'air tiède et humide soumis ainsi à une ascendance forcée. La pluviosité générale s'accroît surtout à Abriès. Le 13 et 14 l'occlusion est achevée. On a alors un résidu de dépression cyclonale centré sur la haute Durance, la Tarentaise et la Maurienne, dont le mouvement ascendant s'accélère et qui est alimenté en air chaud et humide provenant de la Méditerranée par la plaine du Pô. C'est Alors que se produisent les chutes de pluies catastrophiques, les précipitations passent par leur maximum le 13 puis décroissent légèrement le 14 avec une alimentation plus difficile de l'occlusion.